-24-27 juin-
J'ai décidé de mettre en une seule entrée de blog toute la durée de ma retraite pour simplifier la rédaction mais pas pour réduire son importance...
De façon générale, les journées se passent toutes de la même manière... Contemplation silencieuse (6h), Laudes (6h30), travail ou temps personnel, Messe (12h15), dîner, travail ou temps personnel, Vêpres (18h30), souper, Complies, visite du mont sans les touristes, dodo.
Cette semaine, je réside au logis St-Sébastien situé un peu plus bas (à peu près 250 marches plus bas) dans le village. L'abbaye ne peut accueillir que très peu de personnes et les cellules existante sont réservées pour les moines résidant. Je devrai donc, environ 8 à 10 fois par jour, monter ou descendre ces escaliers pour aller et venir entre le village et l'abbaye. La vie au mont se passe dans des escaliers en fait, il y en a beaucoup, un peu partout et elles sont essentielles pour se véhiculer entre les différentes sections du mont. C'est très petit par contre, au mont, comme dirais le père Charles-Marie, on ne peut pas se perdre, on ne peut aller très loin non plus, mais surtout, on fini toujours par aller vers le haut...
24 juin - Lever vers 5h pour prendre des photos du lever de soleil mais comme il se lève à 6h15 et que je voulais arriver pour les Laudes, j'ai été obligé d'oublier ça ce matin. Par contre, le lever, que j'ai quand même pu voir, était spectaculaire. Contemplation et Laudes suivi du déjeuner jusqu'à 8h environ. Je dois souligner que visiter l'abbaye sans voir les laudes est officiellement un péché :) Voir le soleil se lever à travers les vitraux de l'abbatiale et jeter sur les moines et moniales agenouillés ses premiers rayons tout en jetant sur les colonnes immenses, des reflets roses est une expérience magnifique. La bauté du moment, le calme et la sérénité qui nous enveloppe comme un manteau confortable est indescriptibles et est nécessaire pour bien comprendre le sens de l'existence d'un endroit comme le mont Saint-Michel et est souvent inaccessible aux touristes; non pas parce qu'ils ne peuvent y aller (les portes sont ouvertes) mais parce qu'ils arrivent plus tard. Il y avait quelque chose de profondément touchant dans le choeur de l'église, quelque chose qui s'y produit chaque matin où le soleil se lève. Sincèrement; au-delà du mont, au delà de l'église et de l'abbaye, au delà de la baie, des paysages à couper le souffle, ces moments sont à toute fin pratique, la raison véritable de l'existence du Mont Saint-Michel.
Pendant les Laudes, les moines et moniales chantent les Psaumes... J'ai écouté avec attention les harmonies et les voix mais je n'ai pas joint ma voix à les leurs... elle me semblait inadéquate.
J'ai eu, pendant un court instant, l'impression que je n'avais pas ma place là... pas parce que je ne suis pas accueilli par la communauté mais parce que je n'ai pas toujours l'impression d'avoir le droit d'être baigné dans cette lumière-là... On a tous notre place dans le monde, il faut trouver la place qui nous appartient... regardant ces gens à genoux dans la lumière du matin, j'ai la certitude qu'ils ont trouvé la leurs.
J'ai fait la réflexion ce matin-là que ma décision de "vivre" au mont pendant quelques jours a probablement été l'une des belles décisions que j'ai prise... Certainement parce que le mont gagne à être découvert alors qu'il n'est pas infesté de touristes pendant la journée. Voir le mont avant et après les touristes est un choix judicieux que je vous encourage à faire. Quand les touristes partent, le mont redevient calme, il semble se replonger dans l'athmosphère qui y régnait il y a quelques centaines d'années et à mon humble avis, qui devrait y régner de manière permanente malgré le fait que ce soit impossible considérant que le mont a besoin des revenus générés par le tourisme pour survivre.
Ayant manifesté hier mon intérêt pour faire du travail je me suis vu affecté la taille de la haie de laurier (Eh oui, le même laurier qu'on met dans le Spaghetti), des rosiers et de la vigne de l'Abbaye ainsi que de faire quelques bouquets pour agrémenter le réfectoire. Je dois dire que j'étais un peu gêné de me mettre à tailler ces plantes qui occupent les murs de l'Abbaye depuis plusieurs dizaines d'années, peut-être même près d'une centaine d'année. Par contre, je dois avouer qu'il était temps. J'ai donc travaillé de 10h30 jusqu'à la messe (12h15). La messe du midi ressemble malheureusement à un cirque avec pleins de mauvais clowns dans l'assistance. J'ai eu de la difficulté à me concentrer avec les touristes qui sont partout dans l'église et prennent des photos, jasent. J'ai maintenant un grand respect pour les moines qui gardent leur concentration à travers tout ce brouhaha.
La messe a été suivie par le repas. Tout est bon ici, les repas sont simples mais de qualité. Ce midi, détail cocasse... on me présente une salade de tomate, avocat, olives etc... Je me met à manger et curieusement, je semble être le seul à en reprendre. Je mange bien et me met à ramasser mes affaires quand tout à coup le repas arrive... J'étais certain que la salade était le plat principal... Le repas s'est continué avec des cotelettes de porc et le dessert... coupes glacées.
Tous les repas se prennent dans le réfectoire en silence mais la communication demeure, à d'autres niveaux... Quelqu'un s'occupe de démarrer la chaîne de passage des plats puis ensuite, on le fais nous-même. Les repas sont rapides mais pas autant qu'à Saint-Benoît-du-lac. On se sert mutuellement, il y a un calme qui doit aider, quelque part, à la digestion :)
L'après-midi a débutée avec une récréation dans le jardin à discuter en prenant le dessert avec une vue imprenable sur la baie. Plus tard, j'ai continué le travail manuel dans le jardin et j'ai pris un peu de repos en fin d'après-midi. Il fait chaud et humide au mont, après les montées d'escaliers, j'arrive toujours en haut en sueurs... Je dégoûte (et me dégoûte).
Comme vous voyez, le travail ne manque pas. J'ai trouvé rafraîchissant de travailler au mont, c'était un peu ma participation à la vie monastique et surtout, je trouvais que c'était un moyen approprié de dire merci aux moines qui m'ont si bien reçu.
Le soir, c'est un souper de fête chez les religieuses. Ici, les moines et les religieuses vivent au sein de l'abbaye mais évidemment dans des quartiers séparés. Il y a un repas spécial pour célébrer la St-Jean-Baptiste, Patron de la communauté de Jérusalem. C'est aussi la fête de leur 8e année de présence au mont. C'est un souper accompagné d'un choix de vins (juste assez, pas trop ;) et suivi de la vaisselle et d'un moment de "récréation" où on a jasé et pris tisane, thé et bonbons. J'ai pu voir les moines et moniales dans leur moments festifs, moments que je discerne comme étant assez rares... J'ai vraiment apprécié être témoin de ces moments. J'ai bien aimé l'ambiance feutrée de l'abbaye, l'acceuil et la présence des moines et surtout leur gentillesse, leur humour, leur habileté à rester centrer sur les choses simples et évidemment la prière mais au passage, être témoin des moments plus festifs jetais une lueur nouvelle sur la vie monastique. Le rythme de vie, le passage des heures et la routine, encourage une vie paisible et non pas déconnectée mais plutôt connectée sur l'essentiel... la présence l'un à l'autre mais surtout à la prière et à Dieu.
J'ai quitté l'abbaye après les complies et je suis allé chercher mon appareil photo, toujours à la recherche de la dernière sensation. Je veux des photos du coucher de soleil. Par contre j'ai oublié que le soleil se couche très tard (soleil disparaît vers 10h15) mais il fait clair jusqu'à 11h environ. C'était d'un calme envoûtant. Nous étions quelques-uns (peut-être une douzaine) de personnes qui attendaient calmement, paisiblement le coucher de soleil sur la Baie. Tout le monde parlait à voix basses la présence silencieuse des gens était aussi belle que le soleil. C'est peut-être le lieu, la lumière mais il y a un calme omniprésent sur le mont qui nous prend dès qu'on veut se laisser prendre.
J'ai terminé ma journée avec un peu de lavage... les vêtements synthétiques sentent vite... je les remplacerai par des vêtements en fibre naturelle au plus tôt.
25 juin - Lever vers 6h pour le lever de soleil suivi des Laudes. J'adore me retrouver dans l'église avant les Laudes et regarder le soleil se lever dans les vitraux. Pour le reste, une journée à peu près semblable à la précédente sauf qu'aujourd'hui, je taille la plante Kiwi et je descend beaucoup de sacs de poubelles à travers les méandres des escaliers. Aujourd'hui, je ne vais pas à la messe... j'ai de la difficulté à profiter de ces moments avec tous les touristes. On me demande d'aller, ce soir faire la dernière heure de l'adoration silencieuse à l'église St-Pierre dans le village. Soirée très calme assis à contempler le saint sacrement.
26 juin - Journée avec un peu de ménage dans le réfectoire puis je me suis transformé en touriste pour aller prendre quelques photos dans le cloître et dans l'église avant que les touristes arrivent. C'est aussi aujourd'hui la première journée de température de "Bretagne" avec un temps gris. C'est aussi aujourd'hui, que pour la première fois, je ferai estamper ma crédential.
C'est aussi aujourd'hui que le malaise grandit en lien avec la liturgie. Ce malaise va m'accompagner tout mon séjour; mais y'a des malaises qu'il faut creuser... C'est aussi la journée du lavage... Je monte mon lavage à l'abbaye et quand je monte pour les vêpres, comme tout n'est pas sec, je laisse le tout dehors. Évidemment, au beau milieu des vêpres, un orage se déclare... et mouille tout mon linge. Après discusson avec le moine Charles-Marie, je décide de rester une journée de plus pour attendre que mon linge sèche... signe divin ou anecdote cocasse ???
Demeure qu'en ce qui a trait aux questionnements sur le sens de ma vie, sur ma raison d'être... Il reste que pour quelque raison que ce soit, pendant quelques instants, j'aurais aimé connaître ce que c'est que de me faire dire clairement par Dieu ce que je dois faire... évidemment, ce n'est jamais le cas.
J'essais depuis plusieurs années de me placer dans des endroits où je pense que la rencontre se fera... mais elle ne se produit pas... alors je doute. Es-ce mon rôle ici de me questionner constamment sans jamais avoir de certitudes ? Où se trouve l'équilibre entre la foi et la raison ou l'intellect. Peut-être que je suis aveugle mais maintenant, je commence à me demander si le doute n'est pas une partie essentielle de l'existence humaine. Il reste qu'il y a toujours une différence majeure entre les communications divines décrites dans la bible et celles reçues par les gens d'aujourd'hui qui semblent plus subtiles. Parle-t-il aux importants à travers les buissons ardents et au reste du peuple par des intuitions et des impressions dans leur coeur. En fin de compte, je débute mon pèlerinage avec des doutes, des questions, des insatisfactions et la questions éternelle: Qu'est-ce que je fais ici ? Je penses même à ce moment, à tout laisser tomber. Si après tout ce temps, je ne suis toujours pas capable de faire sens... peut-être devrais-je retourner dans ma vie de banlieue ? Disons que je commence un pèlerinage dans un drôle d'esprit... on verra bien comment ça va évoluer. Peut-être faut-il passer par le doute avant de pouvoir faire sens ? Je pars donc avec cet espoir :)
27 juin - Journée normale à part ma bénédiction de pèlerin reçue après les vêpres. Je suis arrivé très tôt pour un moment tout seul dans l'Abbatiale. Après les Laudes, les nuages arrivaient au niveau des ramparts, on aurait dit que l'Abbaye flottait sur les nuages. À cause de l'humidité, les gens avaient des arc-en-ciels autour d'eux, c'était vraiment superbe. J'aurais voulu avoir mon appareil ! J'ai trouvé la séparation après les complies difficiles. Je quitte un endroit où j'étais bien pour l'inconnu.
Messages V.S. Commentaires...
Juste une petite note pour vous dire que je ne peux répondre aux commentaires que vous faites sur le blogue et qu'il m'est impossible de savoir qui me laisse un message à moins que vous ne m'y indiquiez textuellement qui vous êtes.
Le moyen le plus facile de correspondre avec moi est de m'envoyer des courriels à noroit@gmail.com
À plus tard :)
Le moyen le plus facile de correspondre avec moi est de m'envoyer des courriels à noroit@gmail.com
J'ai ajouté de nouvelles photos et vous avez deux choix pour y accéder...
1- Les liens à gauche en haut sous Trajet sur carte.
2- Les liens à gauche, plus bas sous Photos de Noroît.
À plus tard :)
mercredi 1 juillet 2009
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